14ème Carrefour Européen du Patchwork - du 18 au 21 septembre 2008 // 14th European Patchwork Meeting - 18 - 21 September, 2008 // 14. Europäisches Patchwork Treffen - 18 bis zum 21 September 2008
Qui sont les Amish ?

Qui sont les Amish ?

Par Karen M. Johnson-Weiner
Department of Anthropology
SUNY Potsdam
Potsdam, New York 13676

Nous considérons les Amish comme des personnes hors du temps.
Pourtant, elles ne le sont pas.
Tout comme leurs ancêtres, les premiers Anabaptistes, qui rejetèrent à la fois la religion catholique et la réforme protestante sous contrôle étatique, le « Vieil Ordre Amish » actuel s’applique à maintenir une société où en vivant selon les préceptes de la Bible, chaque membre de l’église reste en dehors du monde actuel. (Romans 12 :2).
Les premiers anabaptistes ont été longtemps persécutés et de ce fait, ont développé un sens aigu de la solidarité. La littérature anabaptiste au 16ème et 17ème siècle, afin de donner courage aux croyants face à leurs tortionnaires, fait souvent référence aux tortures infligées par l’état. Pour les premiers anabaptistes et leurs descendants, la soumission (signifiant que personne ne doit se battre en retour même si c’est pour se protéger ou protéger sa famille) à la torture était une profession de foi. A force d’être obligés, à travers les siècles, de fuir leurs maisons, leurs familles et d’abandonner leurs biens, les premiers anabaptistes se sont voués à une autorité supérieure qui encore de nos jours marquent leurs descendants. Ces persécutions les ont convaincus (une conviction toujours présente) qu’ils pourraient encore en subir de nouvelles – car c’est le lot d’un chrétien dans un monde sans foi.
Le Vieil Ordre Amish continue à penser que le peuple de Dieu ne peut être constitué sur cette terre, que d’une minorité croyante « des étrangers et des pèlerins » (1 Pierre 2 :11) mais sans s’y intégrer. Il interprète le commandement « ne pas s’attacher au monde » à la lettre en refusant de s’assimiler à « l’anglais » ou à toute société étrangère au Vieil Ordre ; il crée des barrières strictes entre les Amish et le monde extérieur. Bien distinctes et bien définies, ces barrières les séparent non seulement de « l’anglais » ou des non Amish, mais aussi des autres vieux ordres, chaque groupe du Vieil Ordre étant une communauté rédemptrice constituée de ceux qui se consacrent à enseigner les préceptes du Christ.
En allemand, tout comme anglais, le mot Kirche, ou Church est le mot couramment utilisé pour désigner le bâtiment destiné à la célébration du culte ou tout simplement les offices eux-mêmes. Cependant en allemand de Pennsylvanie, l’église se dit Gmay, de l’allemand Gemeinde qui signifie communauté. En d’autres termes, l’église Amish ou Gmay, n’est pas un bâtiment, pas une célébration, mais l’interaction séculaire et sacrée de ceux appartenant au Gmay. Chaque communauté religieuse Amish est séparé et différente ; cependant, les Groupes appartenant à une même fraternité pourront partager les mêmes ministres du culte et les jeunes se mélanger. Toutefois les groupes resteront des Gmay séparés et les décisions qui y seront prises n’engageront pas les autres communautés ; ces décisions peuvent même emmener les autres Gmay à quitter les fraternités. On entre dans la fraternité – le Gmay – en étant baptisé – et au moment du baptême, on jure de respecter jusqu’à la mort l’Ordnung ou la « discipline » ou l’église. L’Ordnung positionne l’église – les croyances de la communauté, et par conséquent contrôle presque tous les aspects de la vie Amish. En fait, il s’agit là bien plus que d’un ensemble de règles ; il enchaîne l’individu au Gmay et protège le Gmay du monde extérieur.
L’historien Amish, Joseph Beiler, note en décrivant l’Ordnung « qu’il suscite le désir de se réunir et de faire partie d’une fraternité, (…) de vivre, de travailler, de prier ensemble et de communier loin du monde ». Pour les Amish, le respect de l’Ordnung – de tous les Ordnung –reflète l’amour envers l’église, le Gmay, et l’accomplissement de ses propres vœux envers Dieu. Il est impossible de se conformer à l’Ordnung à moitié. On est dans l’église ou on ne l’est pas.
L’Ordnung protège la communauté religieuse – ce qui correspond à la réalité quotidienne du Vieil Ordre de vie. Dans le Vieil Ordre Amish, la religion célèbre la foi de chacun. D’où, si on croit, on agit. Et comme la vérité de Dieu est, par définition, inchangée, sacrée, les agissements répétés et les contacts permanents sont les critères prioritaires du Vieil Ordre de vie. En d’autres termes, puisqu’une chose a toujours été accomplie d’une certaine manière, il est normal de continuer dans la même voie. Vieil Ordre signifie « respecter le Vieil Ordnung de la communauté religieuse. » L’Ordnung définit l’ordre social, les actions et les relations que les adeptes croient avoir été créées par Dieu pour les humains.
Les Amish pensent que l’être humain, pris individuellement, est faible et que, livré à lui-même, il sera régi par son désir charnel et vivra une vie dissolue. C’est uniquement en appartenant à une fraternité et guidé par l’Ordnung que celui-ci pourra vivre au service de Dieu. C’est seulment ainsi que, guidé par l’Ordnung, il aura la force de vivre d’une manière qui plaira à Dieu. Une telle croyance appelle nécessairement la subordination de l’individu aux volontés du groupe, d’où le baptême et l’entrée dans le Gmay.
En prononçant ses vœux baptismaux devant l’église, l’individu entre dans l’Ordnung. Le baptême est un vœu d’obéissance, un vœu qui oriente les désirs individuels vers l’église et révèlent les vérités inamovibles existant dans les écritures et interprétées par l’Ordnung. L’habillement, l’architecture de la maison et de la grange, le buggy et la relation de chacun avec l’extérieur montrent bien les liens qui unissent la communauté ; ils sont tous soumis à l’Ordnung. Les différences marquées aussi bien dans l’habillement que dans les moyens de transport, la langue habituellement parlée, les écoles séparées, les rituels religieux et observés dans la maison, tout est réuni pour rappeler que les membres du Vieil Ordre Amish ne sont que des pèlerins qui, selon les préceptes de l’apôtre Paul, ne doivent pas se conformer au monde. (Romans 12 :2).
Nous voyons la communauté Amish comme à un monde immuable ; pourtant, les Amish changent. Leurs communautés évoluent. Pas 2 communautés Amish n’ont le même Ordnung, car pas 2 communautés ne se sont trouvées dans des circonstances identiques. Certaines autorisent l’installation de plomberie et des jardins de fleurs ; d’autres pas. Certaines permettent les réfrigérateurs au kérosène, les téléphones dans les boutiques, les rollers et les bicyclettes – d’autres pas. Les Amish Byler possèdent des buggies marron, les Troyer des noirs et ceux du Conté de Lancaster, des buggies gris.

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L’Ordnung relie les Gmay, s’assure de leur solidarité et fait du Gmay la force essentielle de l’existence Amish. Il est conseillé à toute personne qui émet des doutes sur sa capacité à accepter l’Ordnung de ne pas se faire baptiser. Se faire baptiser et ensuite rompre ses vœux est considéré comme abandonnant Dieu et les autres membres de la communauté n’auront plus d’autre alternative que de rejeter ce membre. Le contraire équivaudrait à rompre ses propres vœux vis-à-vis de Dieu.
Le Gmay et l’Ordnung permettent aux familles Amish de vivre comme une communauté dans la communauté, entourées de non Amish – Anglais (avec qui ils sont en relation quotidiennement), en restant bien séparées. Même le temps s’écoule différemment. Par exemple, les Swartzentruber, Amish ultra conservateurs, gardent « l’heure lente » : c’est-à-dire, ils n’appliquent pas l’heure d’été ; au mieux, ils retardent leur montre d’une demi-heure.
Les Ordnungs peuvent aussi décider de l’apparence de la maison et de son ameublement. Les maisons des Swartzentruber, par exemple, sont toutes construites sur le même modèle. Certains groupes Amish autorisent les sols en linoléum, des réfrigérateurs à gaz et des installations de plomberie, d’autres pas.
Les Ordnungs dictent le langage et l’habillement, et resserrent ainsi encore plus la communauté en établissant des frontières entre ceux qui font partie de celle-ci et ceux qui n’en sont pas. Pour le Vieil Ordre Amish, la survie de l’allemand de Pennsylvanie ou « Deitsch », communément appelé « Pennsylvania Dutch » est liée à sa survie en tant que peuple séparé et « curieux ». L’usage de la langue « Dutch » dans la communauté sert aussi à rappeler les différences existant entre les communautés et le monde extérieur, pour non seulement isoler les Amish de la culture dominante, mais aussi pour les en protéger.

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Il est courant que les jeunes enfants n’apprennent l’anglais qu’en rentrant à l’école, ce qui renforce encore davantage le fait que l’anglais est bien la langue des étrangers. Les Amish utilise l’anglais comme moyen de communication avec les autres Amish uniquement dans le cadre de l’école. Dans plusieurs écoles, les élèves et le professeur cessent de parler anglais lorsqu’il n’y a pas classe et même pendant les récréations.
Les Ordnungs formatent ces écoles, chacune devant refléter et renforcer les valeurs de la communauté religieuse.

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L’habillement aussi situe l’appartenance à une église – et ceci depuis les premiers jours du mouvement Anabaptiste. Jacob Amman, pasteur anabaptiste à Ste Marie aux Mines qui entraîna les Amish à se séparer des Mennonites en 1693, affirmait que la non-conformité au monde extérieur ne se limitait pas uniquement à la pensée et aux croyances mais également à l’habillement. Les Amish séparatistes était appelés les « Haftler » ou « bride et boutonnière » par opposition aux « Knopfler » Mennonites que l’on appelait « les personnes aux boutons ». La simplicité des vêtements cible bien la communauté des croyants et conforte ceux qui les portent dans le sentiment de faire partie d’un groupe. Les Amish considèrent que cet habillement n’est pas forcément chrétien, mais bien Amish ; en se tenant ainsi à l’écart des modes, ils veulent prouver au monde qu’ils se conforment aux volontés de Dieu qui exige de la part des croyants des preuves de modestie. Ainsi, en s’habillant le matin, les Amish se conforment à l’Ordnung. En ne coupant jamais leurs cheveux qu’elles dissimulent sous une coiffe, les femmes agissent ainsi selon les conseils de Paul aux Corinthiens (11 :1 – 14). En coupant ses cheveux selon les recommandations de l’Ordnung et en se rasant la moustache, l’homme Amish montre son appartenance à l’église. L’appartenance à une communauté religieuse spécifique sera reconnue selon que les chemises des garçons aient un col, que les capes des femmes soient assorties à leurs robes, que les capes soient croisées ou droites ou que les coiffes soient plissées ou toutes simples.
L’Ordnung de chaque communauté religieuse régule pratiquement tous les aspects de la vie quotidienne. Tout en reconnaissant que tous les préceptes de l’Ordnung ne se basent pas sur des écrits, ils estiment que tout ce qui ne peut se référer à la Bible peut se justifier par le sentiment que d’agir autrement serait se conformer aux règles du monde extérieur et donc perturbant pour la communauté. Par exemple, tous les Vieux Ordres Amish interdisent de posséder une voiture et déterminent à quel moment les membres peuvent conduire une voiture de location. Les Amish savent bien qu’en utilisant des moyens de transport rapides, faciles et accessibles sans délai, les membres d’une famille seront tentés de s’éloigner de chez eux plus souvent que nécessaire et qu’ainsi la communauté religieuse aura de grandes chances de s’éparpiller. Les voitures amènent aussi les gens vers les villes et les Amish savent bien qu’elles ne sont pas des lieux fréquentables pour un bon chrétien. Après tout, ils pensent que la chute de Lot a été provoquée par son entrée dans la ville de Sodome.
Toute autre machine est perçue de la même façon. L’utilisation d’une machine ou d’un appareil ménager qui ferait gagner du temps n’est pas forcément recommandée, pas non plus condamnable ; le problème qui se pose est le suivant : comment cela affectera la communauté religieuse. Tous les Amish utilisent des machines et lorsqu’ils travaillent en dehors de la communauté ils se servent de machines qui sont interdites par l’Ordnung. Certaines communautés Amish utilisent des appareils fonctionnant avec des piles, notamment des lampes de poche, mais elles sont toutes tombées d’accord pour dire que l’utilisation de l’électricité « pourraient être source de tentations et responsable de la détérioration de l’église et de la vie familiale ».²
La vie de tous les jours, mise en place par l’Ordnung est rattachée aux écritures. Le père lit les textes le matin lorsque la famille se réveille et à nouveau au moment du coucher. Tous les repas commencent et finissent par une prière silencieuse. La pratique journalière donne plus de poids à l’enseignement des écritures. Le père préside à table et les enfants sont placés par ordre d’âge, les garçons d’un côté et les filles de l’autre. Chaque enfant y connaît sa place exacte tout comme dans la communauté.
La communauté religieuse et rituelle se réunit un dimanche sur deux lorsque le Vieil Ordre Amish se retrouve pour prier. Comme du temps des premiers anabaptistes, ils se réunissent à tour de rôle dans les maisons, loin de l’intrusion et des menaces du monde extérieur. Une fois que la maison qui abritera la communauté est désignée, la famille sait qu’elle pourra compter sur de l’aide. La maitresse de maison sait que sa mère, ses sœurs, nièces et filles mariées viendront l’aider, renforçant ainsi les liens qui soudent la communauté.
Le dimanche, tout est sacré. Lorsque tout le monde arrive pour le service dominical, la maison est propre comme un sou neuf - chaque récipient est récuré, le papier des étagères renouvelé et des monceaux de nourriture préparés. Les enfants plus âgés auront confectionné plusieurs kilos de popcorn pour les jeunes qui resteront « chanter » dans la soirée.
La famille qui reçoit ne se préoccupe ni de l’opinion des autres ni de paraître. Au contraire, ils ont préparé la maison pour recevoir des amis et la famille qui communieront par la prière. Le dur labeur est accompli par dévotion à l’Ordnung et au Gmay que les autres ont partagé, signe que la communauté est intacte.
Quand un enfant Amish voit le jour, il nait dans la communauté et est traité comme un membre futur de l’église. Les parents ont l’obligation de l’élever de façon à ce qu’il devienne un membre actif du groupe. Finalement, les parents espèrent que l’enfant grandira en agissant pour le mieux, en croyant en Dieu et en acceptant sans résistance ou se poser des questions, tout ce qui pourrait lui arriver.
Ils désirent comme disent les Amish « qu’il renonce ». Pour les Amish, renoncer signifie, en se soumettant aux volontés de Dieu selon les préceptes de la Bible, réussir le « Gelassenheit », un terme qui selon Sandra Cork, inclut le refus d’initiatives et de pouvoir personnel. Les Amish ne croient pas au salut, seul Dieu peut l’octroyer. Par contre, ils espèrent réussir le Gelassenheit. Le but de tout Amish est de croire en Dieu aveuglément sans se poser de questions. Si quelqu’un peut complètement se tourner vers Dieu, alors il se pourrait qu’il ait une vie qui sera digne du salut.
La passivité, les familles nombreuses, le dénie des traitements nouveaux, l’acceptation que tout ce qui arrive est la volonté de Dieu et que « cela aussi passera » : le « Gelassenheit préconise un mode de vie où l’on pose très peu de questions. On apprend en faisant et en copiant – il ne faut pas faire confiance aux mots car ils ne sont pas toujours employés à bon escient. Les parents Amish instruisent leurs enfants en donnant des exemples et ainsi il n’existe aucune barrière entre le travail et le jeu. Au lieu de donner à ses filles les recettes d’une tarte, la mère leur tend la pâte et ensuite elles l’imitent dans ses gestes, une petite fille de 4 ans étalant la pâte et une adolescente de 13 ans arrangeant les bords. A la fin de leur scolarité (en 4ème) les filles savent s’occuper des enfants, préparer un repas et vaquer à la plupart des tâches ménagères. Les garçons peuvent travailler à la ferme, monter des petites structures et s’occuper du bétail ; Il leur reste encore beaucoup à apprendre, mais ils peuvent s’occuper de la ferme en l’absence de leurs parents. Dès l’enfance, les enfants apprennent la patience. Les mères maintiennent les mains des enfants jointes pendant que le reste de la famille baisse la tête pour la prière silencieuse avant et après les repas. A 5 ans ils sont en âge de refuser les biscuits que l’on offre aux « bébés » pour les faire tenir tranquilles pendant les offices.

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Comme Huntington l’a remarqué, les Amish font la différence entre l’école et l’éducation ; ceci est très perceptible dans les commentaires d’un pasteur qui dit « à 14 ans vous avez pratiquement tout appris à l’école mais vous ne pouvez attendre aussi longtemps pour commencer à apprendre les choses de la vie. (voir Johnson-Weiner, 2006) Les enfants apprennent les choses importantes en participant quotidiennement au Gmay.
Les Amish n’étudient pas leurs religion, ne lisent pas des textes ou débattent d’érudition biblique. Ils vivent leur foi qui se reflète dans l’habillement, la cuisine, la façon de s’éclairer et de puiser l’eau. Se méfiant de ceux qui affichent une autorité ou une volonté personnelle, les Amish apprennent à travers leur communauté religieuse le sens de leur existence, leur provenance et vers où ils doivent aller.

Bibliographie sur la vie du Vieil Ordre Amish :

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